mercredi 18 juin 2014

Écluse 45



Ça y est.
488 Km plus loin.
15 jours plus tard.
49 heures de moteurs.
300 démarrages et arrêts.
45 écluses traversées.
It's a Bingooooo.
Nous venons de descendre la dernière écluse de la voie navigable Trent Severn. Nous entrons enfin dans la baie Georgienne. Après tout ce temps passé à naviguer dans des rivières et des passes étroites, cette immense étendue d'eau a quelque chose d'intimidant. Bon faut pas relâcher la vigilance quand même. Ça ne fait pas trente minutes que nous  progressons que nous sommes forcés de ralentir l'allure. Nous devons passer un chenal étroit d'à peine vingt pieds de large et de cinq pieds de profondeur au beau milieu de cette immensité d'eau. Une chance qu'il est bien balisé. Avec des tournants à 90 degrés, faut pas enlever ses lunettes comme dirait l'autre.
Notre objectif, c'est l'île Beausoleil. L'île entière est un parc fédéral administré par Parc Canada. C'est comme dans les Mille-Îles. Il y a des quais dans plusieurs des baies qui ceinturent l'île. Premier arrivé, premier servi. Nous allons nous trouver une petite baie tranquille et foirer là quelques jours le temps de prendre le pouls de la région.
Wana Keta. L'endroit est parfait. Il y a déjà un autre bateau mais les quais peuvent prendre au moins une dizaine de bateaux. Ça fait pas quinze minutes qu'on est installés que deux autres bateaux arrivent. Deux bateaux moteurs, trois gars dans chaque bateau. Ils se connaissent. Sitôt attachés la musique démarre et le mot d'ordre est 'Let's party!'
Le bateau à côté du Sotize était là le premier. C'est une petite famille. Deux femelles russes (elles se parlent en russe selon les partouzeux) filiformes, un rondouillet Torontois et un jeune garçon.

Ça ne prend pas quinze minutes qu'ils ramassent leurs cliques et leurs claques et foutent le camp. Personnellement je trouve les bouzeux qui partouzent assez sympathiques (ils nous offrent toute sorte de choses à bouffer) jusqu'à ce que l'un d'eux, plus taré que les autres, se mette à hurler au loup à trois heures du matin sur le quai.
Le lendemain matin c'est le déluge. Les six gueules de bois ramassent leurs cliques et leurs claques à leur tour et foutent le camp aussi.
Enfin la paix.

The last lock


Canal étroit

Eau peu profonde


My private beach

La paix


lundi 16 juin 2014

Terrible


Terrible.  C'est le mot que Danielle a écrite dans le journal de bord du Sotize après notre passage dans l'écluse 44, Big Chute.
L'écluse Big Chute est un ber roulant. Ce serait le seul en Amérique du nord. C'est un espèce de gros 'trailer' à bateaux monté sur des rails. Il parcoure une distance de 600 pieds sur terre en moins de 10 minutes pour faire passer les bateaux d'une rive à l'autre. Le changement d'élévation entre les deux plans d'eau est d'environs 50 pieds. Les bateaux qui veulent monter ou descendre entrent dans la remorque qui est partiellement immergée dans l'eau et s'immobilisent à l'endroit indiqué par les éclusiers. Des sangles géantes sortent du plancher et soulèvent légèrement les bateaux. La remorque se met à avancer et sort de l'eau. Les bateaux sont suspendus dans les airs.
Nous approchons du ber roulant en sortant de la rivière. Le 45 pieds en avant et moi derrière. C'est à ce moment que les haut-parleurs de l'écluse crachent des ordres. Je dois passer en avant et entrer le premier dans l'engin. C'est pas de bol. J'aurais préféré que l'autre passe en premier pour voir comment ça se passe. Le 45 pieds se tasse et toutes défenses enlevées (comme demandé) je pénètre dans le monstre. Les opérateurs me font avancer-reculer-avancer-stop et les courroies sortent du plancher. Je sens le Sotize qui est délicatement soulevé. Le 45 pieds emboite le pas. Les deux bateaux bien immobilisés le ber se met à avancer. . C'est impressionnant. C'est haut. L'engin traverse la rue. La circulation automobile est arrêtée. Puis la pente s'inverse et ça commence à descendre. C'est encore plus impressionnant. On se demande si le bateau ne va pas partir tout seul par en avant. Finalement arrivé en bas, le ber entre dans l'eau et le bateau se remet à flotter. Pfiou....

On entre dans le ber

Le 45 pieds en approche


Le ber sort de l'eau

On traverse la rue

Ca va descendre





McDonalds Cut


McDonalds Cut
Après trois jours de 'farniente' à Orillia nous nous sommes finalement remis en route. Direction écluse 42, Couchiching.
Nous traversons le lac Couchiching, l'écluse 42 et le lac Sparrow. Quelques dizaines de kilomètres plus loin en suivant la rivière Trent Severn nous arrivons à une passe étroite et haute qui semble taillée dans la roche. C'est la McDonalds Cut. Rien de spécial sur la carte à cet endroit. C'est lorsque j'entends le capitaine du 45 pieds que nous suivons depuis quelque temps lancer un appel SÉCURITÉ à TOUTE STATIONS (c'est une procédure opérationnelle qui demande l'attention de tous les bateaux qui peuvent l'entendre) sur la radio maritime VHF que je deviens très attentif. L'appel à tous est pour avertir qu'il s'engage dans la passe McDonalds Cut. Je le laisse s'éloigner et disparaître dans un tournant et j'y vais à mon tour. C'est fou. C'est la première fois que je descend un rapide avec le Sotize. Les gaz sont au minimum et nous filons a plus de 16 km/h. Faudrait pas rencontrer dans cette passe. En théorie, le bateau qui descend des eaux vives a priorité sur celui qui remonte parce que sa manoeuvrabilité est très réduite. Ça c'est la théorie. Faut juste espérer que les autres sont au courant. Si une chaloupe se pointe devant moi, je lui passe dessus c'est certain. Le paysage est grandiose paraît-il. Moi j'ai pas le temps de l'admirer. Finalement, nous émergeons de la passe derrière le 45 pieds et poursuivons notre route vers l'écluse 43, Swift Rapids. Sur notre route, il va y avoir encore deux ou trois segments d'eau vive mais, comme toutes choses, après le premier les autres, ça devient de la routine.

Déversoir écluse 43

Eaux vives


samedi 14 juin 2014

41 sur 45


Nous passons l'écluse 40, Thorah, dans la grisaille. Ça fait deux jours que ça tombe et que ça arrête puis que ça recommence. Nous portons tous l'imperméable mais c'est l'équipage qui écope le plus. Moi je crache des ordres de ma tour d'ivoire. Nous allons passer la nuit en bas de l'écluse. C'est un endroit vraiment très bucolique (Gilles est d'accord). Les moustiques tiennent compagnie à Gilles et Anne. Ces petites bêtes préfèrent la viande de la ville semble-t-il :)
Le lendemain nous partons pour le lac Simcoe. Je le fait à reculons. Ce lac est la plus grande étendue d'eau de la voie navigable Trent Severn. Trente milles de long. Orientation nord-sud. Notre trajet nous force à suivre une direction est-ouest. La météo d'Environement Canada annonce un vent du sud de 20Km/h. C'est mauvais sur un lac de 30 milles de long. On peut avoir des vagues de trois pieds sur le travers. En plus le ciel est complètement bouché et il y a des risques d'orage. Pas bon du tout. Sans la pression de mon entourage je serais resté à Thorah.
Ça brasse un peu pendant la traversée et ça chique de la gomme en bas dans le carré.
Ça c'est bien passé. Nous arrêtons dans une marina vraiment 'class' Port of Orillia.
Le lendemain nous perdons notre équipage. Gilles et Anne vont prendre le bus pour Toronto à la gare d'Orillia. De là, ce sera Toronto-Montréal en train. On peut sortir Gilles du CN mais on ne peut pas sortir le CN de Gilles.
Nous nous allons foirer trois jours à Orillia avant de reprendre le dernier bras du périple Trent Severn.


Un endroit vraiment bucolique!

Le canal entre la 41 et la 42

Le dernier pont tournant du chemin de fer avant le lac Simcoe

Le brise lames puis le lac

L'équipe au complet a la gare

Le départ du 'crew'


 

vendredi 13 juin 2014

Avarie prise 2



Nous sommes sur le lac Balsam et la baignade est terminée. Nous reprenons la route vers l'écluse suivante, l'écluse de Kirkfeild. Le lac ou nous nous trouvons est le point le plus haut de la voie navigable Trent Severn. À partir de Trenton sur le lac Ontario jusqu'au lac Balsam, nous avons monté 182 mètres en parcourant les écluses du canal. Maintenant nous allons devoir redescendre 80 mètres pour atteindre la Baie Georgienne sur le lac Huron. L'écluse de Kirkfield est la première de la série qui va nous descendre. En bas de cette écluse, les bouées de navigation vont s'inverser. Auparavant nous devions garder les bouées rouges sur tribord maintenant nous allons les passer sur babord.
L'écluse de Kirkfield est une écluse ascenseur hydraulique (le type grosse baignoire qui monte dans les airs). C'est la deuxième plus haute au monde après celle de Peterborough. En approchant de l'écluse, nous avons droit à une vue saisissante. On ne voit plus rien passé l'écluse.
Les anciens navigateurs croyaient que la terre était plate. Ils étaient terrifiés à l'idée de s'aventurer trop loin sur les océans et de finir par  tomber dans le vide. J'ai un peu cette impression en approchant cette écluse. Faudrait pas passer tout droit. Le bassin est à 50 pieds du sol. Ce serait spectaculaire et terminal. Nous entrons dans la baignoire et amorçons la descente. Rendus en bas les portes s'ouvrent et....rien. Le Sotize ne démarre pas. c'est le problème du lac Balsam qui est revenu. J'ouvre la cale et je me met à bizouiller les batteries frénétiquement mais c'est peine perdue. Les éclusiers sortent le bateau à la main et l'attache au quai de béton. Ça fait dur. Une chance qu'il n'y a pas une foule de curieux comme à Peterborough.
J'ai fini par trouver le problème au bout d'une vingtaine de minutes. La batterie de démarrage avait sa borne positive cassée à l'intérieur, Physiquement, ça ne paraissait pas. Cette batterie n'avait que deux ans. Quelques vingt kilomètres plus loin, nous arrêtons dans une marina pour la nuit et j'achète une nouvelle batterie.






Avarie!



Le soleil est radieux, c'est une belle journée pour se baigner. Nous avons passé la nuit en bas de l'écluse 34, Fenelon Falls. Il est 11:00h lorsque nous nous engageons dans le lac Cameron. Mon plan de match est de nous arrêter dans une petite baie tranquille sur le lac et de sauter à la flotte. Saisie de mes intentions, le premier maître (Danielle) s'y oppose. Elle veut aller plus loinet vers 12:00h mettre l'ancre pour se baigner et diner ensuite. Il n'y a rien a redire, l'équipage au complet est contre moi. C'est de la mutinerie. Bon, puisqu'il le faut. Nous reprenons la route, passons l'écluse suivante et pénétrons dans le lac Balsam. Vingt minutes plus tard nous sommes ancrés sous le vent d'une petite île et c'est la baignade. Ensuite c'est la bouffe puis on se ramasse pour repartir. Tout le monde est prêt. Je m'installe au poste de pilotage,  je tourne la clé de démarrage et...rien. Il ne se passe absolument rien. Tout est mort. Les moteurs, les instruments de navigation, tout est kaput. Bon, après quelques moments de profondes réflexions je sort les outils et je commence à gosser sur les batteries dans la cale du bateau. J'y comprends rien. J'ai du voltage sur les pôles de la batterie mais je n'ai plus de voltage au bout du fil qui relie le pôle positifde la batterie au disjoncteur principal. C'est un fil de un centimètre de diamètre; il n'est certainement pas cassé. Après 15 minutes de tripotages le problème disparaît tout seul. Ça redémarre et tout fonctionne de nouveau.
Hum, mystère! La méfiance est de rigueur. Le problèmes qui se règlent tout seul, ça n'existe pas.







mardi 10 juin 2014

La douche



Prendre une douche sur le bateau, on évite autant que possible.
Premièrement, on hypothèque sérieusement notre réserve d'eau potable. Deuxièmement, ça fout le bordel dans la salle de bain.
Quelles sont les autres options pour améliorer la qualité de l'air ambiant que nous respirons?
1- On se jette dans le lac. Nous avons essayé cela ancrés dans le lac Ontario dans la région de Picton. Avec la température de l'eau à 6 degrés Celsius nous avons battu des records de vitesse pour la sortie de l'eau par l'échelle arrière. C'est pas une option tant que la température de l'eau n'augmentera pas substantiellement.
2- On prend une marina avec tous les services. Malheureusement, ça augmente les coûts de déplacement très vite.
3- La troisième option, c'est le boyau d'arrosage. Mais il faut le brancher en quelque part. Les écluses sont ouvertes de 10:00h à 16:00h. Après, le personnel a quitté. Avec une prise d'eau extérieure, un boyau d'arrosage et pas de voisins trop curieux nous sommes en affaire. Bien entendu, l'eau chaude n'est pas une option et ça prend un coeur solide.






dimanche 8 juin 2014

Peterborough



L'écluse 21 de Peterborough est une écluse ascenseur hydraulique. La plus haute au monde avec ses 65 pieds. Elle a été construite en 1904 et c'était une merveille d'inginérie pour l'époque. Elle est dotée de deux baignoires de 140 pieds de long dans lesquelles les bateaux entrent et sortent. Chaque baignoire contient 1700 tonnes d'eau et lorsqu'une monte, l'autre descend. Pour faire monter une baignoire, on baisse son niveau d'eau de un pied. Elle devient plus légère que sa soeur et un minimum d'effort mécanique est alors requis pour la faire monter.











Le lac Rice


Jour 7, nous attaquons le lac Rice.
32 kilomètres de long, le lac tient son nom du fait que les autochtone de l'endroit cueillaient du riz sauvage dans le lac. Il y en avait en grande quantité. Pour survivre, le riz a besoin que le niveau de l'eau change. Lorsque le canal Trent Severn a été construit, le niveau de l'eau a été stabilisé et le riz sauvage a disparu. C'est ça la civilisation...
La météo est avec nous. Beau soleil, vent faible. Le lac est dangereux par vents forts. Il est peu profond et son orientation est-ouest favorise un 'fetch' important.
Après quelque heures sur le lac, nous entrons dans la rivière Otonabee qui va serpenter des dizaines de kilomètres dans les terres jusqu'à Peterborough.


Fish&Chips


Après l'apéro, c'est un départ à pied pour le 'Family Restaurant' de Hastings. C'est pas croyable, il y a une file d'attente sur le trottoir. Ils sont au moins 8 à faire le pied de grue. Pour un bled de 1200 habitants, c'est vraiment surprenant. Peut-être que non finalement parce que l'endroit est mentionné dans tous les 'flyers' que nous avons ramassé. Leurs 'Fish&Chips' seraient légendaires. En tout cas l'assiette qui atterrit devant moi une fois assis à une table est une portion de cochon. On pourrait s'y mettre à trois. La bouffe est bonne.
De retour au Sotize et après quelques digestifs, c'est dodo.
Vers minuit une bande de soulars en yatchs viennent se gueuler après à côté des bateaux attachés au quai municipal. Ça dure 3-4 minutes, ça me réveille et ils repartent plein gaz toujours en gueulant.
J'espère qu'ils vont tomber dans l'écluse.
Je me recouche parce que demain c'est le lac Rice.